Le débat sur la neutralité de la monnaie

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Le débat sur la neutralité de la monnaie renvoie en fait au débat sur le rôle de la monnaie dans l’économie. Ce débat, très ancien, ne devient véritablement riche qu’au moment de la révolution keynésienne lorsque se posent les visions « Classiques » et Keynésiennes. Pour ces auteurs, la monnaie ne sert qu’à réaliser des transactions.

L’intérêt pour les phénomènes monétaires est déjà présent chez les auteurs préclassiques (mercantilistes et physiocrates) sans pour cela que la démarche de ces auteurs soit systématisée. Elle le sera avec les auteurs Classiques. En effet, la pensée monétaire Classique repose sur deux principes à savoir, la loi de débouché de Say et la neutralité de la monnaie. C’est une des hypothèses fondamentale de la pensée des auteurs Classiques, la loi de débouché s’énonce de la façon suivante:

Le voile monétaire ne fait que masquer la réalité des échanges et les produits s’échangent contre des produits puisqu’ils servent mutuellement des débouchés, en d’autres termes toute demande exprimée par un agent implique forcément une offre équivalente de sa part, ou encore la demande globale est égale à l’offre, car l’offre est toujours une offre contre d’autres biens.

Le principe de Say s’applique à une économie monétaire. En effet, pour Say, la monnaie n’est jamais le but ultime de l’échange, elle n’est qu’un intermédiaire de l’échange. Le principe sera ensuite répété par les autres auteurs Classiques et les conduira à développer une approche dichotomique de l’économie.

Le deuxième principe qui découle du premier est celui de la neutralité de la monnaie. Ces auteurs classiques réduisent la monnaie à sa seule fonction d’intermédiaire des échanges. Ils ne lui reconnaissent aucunement la fonction de réserve de valeur. À partir de là, l’ensemble de la pensée classique consistera à déterminer un ensemble de prix relatifs donc de valeur d’échange en se fondant sur une théorie de la « valeur-travail ». Dès lors le raisonnement qui permet de déterminer les valeurs réelles, en d’autres termes la masse monétaire en circulation dans l’économie et le volume de transaction (ou de production) sont indépendants l’un de l’autre.

Cette approche dichotomique de la détermination des valeurs réelles et des valeurs nominales d’équilibre est ensuite conservée et généralisée par les auteurs classiques et néo-classiques. C’est ce que nous allons développer dans la première partie, les défenseurs de la neutralité de la monnaie, en nous intéressant aux auteurs qui la prônent. Nous poursuivrons ensuite dans une seconde partie qui verra cette position remise en cause par l’analyse Keynésienne. Enfin dans une troisième et dernière partie, nous aborderons la position défendue par les néoclassique qui connaîtra un nouveau souffle à partir des années 70.

Les défenseurs de la neutralité de la monnaie

Dans cette partie, nous allons nous intéresser à l’analyse monétaire que proposent les auteurs néoclassiques. Les auteurs néoclassiques vont reprendre la vision dichotomique prônée par les auteurs classiques.

La théorie quantitative de la monnaie



La théorie quantitative constitue la théorie monétaire de l’école néoclassique. Cette théorie met en cause la quantité de monnaie en circulation dans l’économie sur le niveau général des prix, elle vient compléter la théorie de l’équilibre général qui, elle, s’intéresse à la détermination des prix relatifs. Cette théorie trouve sa source dans les analyses préclassiques.
Il existe plusieurs formalisations de la théorie quantitative. Certaines intervenant à des moments clés du débat sur le rôle de la monnaie. C’est ainsi par exemple que la formulation que propose Milton Friedman intervient après la théorie générale de Keynes. Ce sont ses différentes formulations que nous allons maintenant développer. La première formalisation de la théorie quantitative est l’œuvre d’Irving FISHER.

L’analyse de FISHER (1911)



L’analyse que propose Fisher est une approche qui est également qualifiée d' »approche par les transactions ». Afin de mettre en évidence l’influence de la quantité de monnaie dans l’économie, Fisher part d’un principe qu’il énonce de la façon suivante: « le total de la monnaie payé a une valeur égale à la valeur totale des biens achetés ». Fisher va ainsi traduire ce principe via l’équation suivante:

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Cette équation va ainsi permettre à Fisher d’élaborer sa théorie de la détermination des prix (théorie quantitative de la monnaie). Cette théorie repose sur un certain nombre d’hypothèses qui sont les suivantes :

Première hypothèse : Le volume (T) de transaction réalisé dans l’économie est exogène. Cela signifie que le volume (T) est déterminé dans la sphère réelle. En conséquence, il est donc indépendant de la quantité de monnaie en circulation dans l’économie mais également du niveau général des prix (P). Autrement dit, (T) n’est déterminé que par des variables réelles (niveau des ressources naturel, condition technique de production) donc en réalité par des caractéristiques de la fonction de production.

Seconde hypothèse : M, la quantité de monnaie en circulation dans l’économie est déterminée indépendamment des facteurs réels (de la sphère réelle). En effet, cette quantité de monnaie en circulation dans l’économie dépend de la quantité d’or détenu par la B.C. (en 1911, la masse monétaire entendue comme le volume de pièces et de billet émis par la B.C. est couverte essentiellement par le stock d’or de la Banque Centrale). Par ailleurs, nous avons vu précédemment que les auteurs classiques, néoclassiques et keynésiens adhéraient à la théorie du multiplicateur de crédit qui fait donc de l’offre de monnaie une offre de monnaie exogène car exclusivement contrôlée par les autorités monétaires, en l’occurrence la B.C. C’est cette hypothèse que reprend Fisher car il considère que (M) est exogène donc indépendant de (T).

Troisième hypothèse : Soit (v) la vitesse de circulation du stock de monnaie. Fisher l’appelle la vitesse transaction de la quantité de monnaie. C’est la vitesse à laquelle les unités monétaires passent de main en main. Fisher considère que la vitesse de transaction de la circulation de monnaie dépend de facteurs structurels et techniques. Les facteurs structurels sont par exemple, les goûts des individus en matière de détention de monnaie, leurs habitudes de paiements ou encore des habitudes de paiements en vigueur dans l’économie à laquelle ils appartiennent. Fisher considère que cette variable est une variable qui est constante à l’équilibre, donc à moyen long terme ; peut varier à court terme ou encore qui, à moyen long termes retrouve sa position d’équilibre.

À partir de ces hypothèses et l’équation, le raisonnement que propose Fisher est le suivant: lorsque la quantité de monnaie (M) augmente, on assiste à une réduction temporaire de la vitesse de transaction de la monnaie qui très vite retrouve son niveau antérieur (niveau d’équilibre). Par conséquent seule une variation du niveau général des prix (P) permet de rétablir la stricte égalité entre les flux de monnaie en circulation (M.v) et le volume de transaction (T). Donc si (M) augmente, on a une réduction temporaire effectivement de (v) qui retrouve rapidement son niveau antérieur et puisque (T) est indépendant de (M) pour que l’équilibre (M.v = P.T) soit respecté, il faut nécessairement une augmentation proportionnelle de (P.T). Fisher relève donc ainsi l’existence d’une relation de causalité en (M) et (P). La théorie Fisher indique donc que c’est la quantité de monnaie en circulation dans l’économie qui détermine le niveau général des prix, autrement dit ce sont des facteurs strictement quantitatif en l’occurrence la quantité de monnaie qui détermine le niveau général des prix, donc la quantité de monnaie en circulation dans l’économie n’affecte en rien les variables réelles dans l’économie, l’équilibre réel et l’équilibre monétaire étant indépendants l’un de l’autre, d’où la thèse de neutralité de la monnaie chez les auteurs néoclassiques.

Une critique n’a pas tardé à en sortir. Cette première formalisation de la théorie quantitative s’est avérée insuffisante car elle passe sous silence un certain nombre de mécanismes, en particulier, elle n’explique pas pourquoi (v) est stable.

C’est la question à laquelle va répondre la deuxième vision de la théorie quantitative élaborée par l’école de Cambridge.

La théorie quantitative de l’école de Cambridge



Cette approche de l’équilibre est qualifiée d’approche par les encaisses. Les auteurs de l’école de Cambridge vont substituer à l’équation quantitative que propose Fisher une équation de demande de monnaie (post précédent).

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Nous avons vu hier que (k) est déterminé de manière rationnelle par les agents donc (k) est optimal. Les auteurs considèrent que l’équilibre dans la sphère monétaire est obtenu lorsque l’offre de monnaie qui est exogène est égale à la demande de monnaie.

Cette équation qu’obtiennent les théoriciens de l’école de Cambridge traduit le fait que l’encaisse obtenue par les agents est proportionnelle au revenu nominal national et que (k) est le facteur de proportionnalité, ce facteur de proportionnalité est optimal.

C’est à partir de cette équation que les auteurs de l’école Cambridge vont expliquer le lien existant entre (M) et (V). L’explication est la suivante : si la quantité de monnaie en circulation augmente (M), les agents se retrouvent avec un niveau d’encaisse supérieur à celui qu’ils désirent.

Puisque le rapport entre le revenu national nominal et le niveau d’encaisse désiré par les agents identifié par (k) est optimal, les agents vont chercher à retrouver le niveau d’encaisse qu’il désire. pour cela, ils vont donc augmenter la demande sur le marché de biens et services. Or, sur ce marché, l’offre est représentée par le revenu réel (Y) qui est un revenu réel d’équilibre de plein emploi, en conséquence l’offre ne peut donc pas augmenter. Par conséquent, seul le niveau général des prix peut permettre le retour à l’équilibre en augmentant proportionnellement par rapport à l’augmentation de (M).

Comme c’était le cas chez Fisher, toute variation de la quantité de monnaie en circulation dans l’économie se répartit proportionnellement sur le niveau général des prix. Selon cette théorie, ce sont des facteurs strictement quantitatifs (en l’occurrence de la quantité de monnaie en circulation dans l’économie) qui détermine le niveau général des prix sans agir sur les prix relatifs donc sans effet sur l’équilibre réel.

La sphère réel et la sphère monétaire sont donc autonomes l’une de l’autre d’où la thèse de la neutralité de la monnaie car la monnaie n’affecte pas la détermination des variables réelles.

La réaffirmation de la théorie quantitative par Friedman (1956)



Friedman renoue avec la tradition classique, il reformule la demande de monnaie qu’il situe résolument dans une optique de long terme. Cette demande de monnaie a la forme suivante:

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C’est une fonction qui établit une relation stable entre la demande de monnaie et ses déterminants, en d’autres termes la demande de monnaie de Friedman est stable. C’est à partir de cette fonction que Milton Friedman va réaffirmer sa théorie quantitative afin d’établir un lien entre le revenu national monétaire et la quantité de monnaie en circulation dans l’économie.

Il va opérer certaines simplifications dans sa fonction de demande de monnaie en particulier en introduisant la notion de revenu permanent, ce qui l’amène à remplacer W (patrimoine des agents) par le revenu permanent qui est égal à :

43Ce qui modifie sa demande de monnaie :

44Milton Friedman reformule sa fonction de demande de monnaie sous la forme d’une vitesse revenue de la monnaie de telle sorte qu’il obtient l’expression suivante :

45Dès lors, l’équilibre sur le marché de la monnaie est obtenu lorsque la demande de monnaie est égale à l’offre de monnaie. Ce qui conduit à l’équilibre suivant :

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Ce qui donne un certain nombre d’informations:

M est exogène car M ne dépend que de la volonté de demande de monnaie,

v (appelé par Friedman la vitesse revenue) dépend en fait de la fonction de demande de monnaie de Friedman.

À partir de là, Friedman décrit les effets d’un accroissement de la quantité de monnaie de la façon suivante: lorsque les agents disposent d’un supplément d’encaisse, ce supplément de monnaie est consacré soit à l’achat de titre, soit à l’achat d’actifs réels. Ce comportement a deux effets: un effet revenu et un effet prix.

L’effet revenu traduit l’effet sur Y, il considère que (Y) augmente car l’augmentation de l’achat d’actifs réels par les agents conduit à une augmentation du prix de ces actifs réels qui va donc pousser les producteurs à accroitre leur production d’actifs réels.

L’effet prix décrit par Friedman est en fait l’effet sur le niveau général des prix (P). Cet effet concernera l’augmentation de l’achat des titres. Un accroissement de la demande de titres conduira à une augmentation du cours des titres donc à une augmentation du taux d’intérêt. Cela incitera donc l’ensemble des producteurs à investir (à cause de la diminution du taux d’intérêt), ce qui accroît leurs revenus, la consommation, donc les prix.

Tout le problème selon Friedman est de savoir qui de l’effet prix et de l’effet revenu domine, l’effet sur (Y) ou l’effet sur (P). Pour répondre à cette question, Friedman considère deux cas, selon que l’on soit en situation de plein emploi ou en situation de sous-emploi.

Si on est à court terme, la possibilité d’un équilibre de sous-emploi (envisagé par Keynes) conduit Friedman à considérer que la variation de quantité de monnaie va avoir des effets réels plus importants que les effets nominaux (l’effet revenu va dominer l’effet prix).

Si on est à long terme, le revenu (Y) étant à son niveau d’équilibre de plein emploi, l’effet de la variation d’une quantité de monnaie va être uniquement nominal donc uniquement un effet prix, (P) augmente.

On voit donc réapparaitre avec Friedman la thèse de la neutralité de la monnaie, en effet car si ce dernier considère qu’une variation de la quantité de monnaie peut avoir des effets réels à court terme dans l’éventualité d’un équilibre de sous-emploi, il ne lui reconnaît aucun effet réel à long terme, mais uniquement des effets nominaux (augmentation du niveau général des prix: P).

Les opposants à la thèse de la neutralité de la monnaie



L’auteur qui va marquer une rupture avec l’analyse des classiques est évidemment Keynes. Le paragraphe qui suit sera consacré au rappel de certains aspects de la théorie keynésienne.

Rappel de certains aspects de la théorie keynésienne



La rupture qu’opère Keynes avec les « Classiques » se situe à plusieurs niveaux.

– Il propose une analyse résolument macroéconomique.
– L’analyse keynésienne se situe résolument dans le court terme.
– Keynes considère qu’à court terme que les mécanismes de marché peuvent ne pas permettre d’atteindre l’équilibre macroéconomique de plein emploi, ceci à cause des incertitudes effectuant le comportement des agents.
– À cause de cette éventualité (équilibre macroéconomique de sous-emploi), le rôle de l’État est réhabilité par Keynes.
– Keynes rompt résolument avec l’approche dichotomique des « Classiques », il intègre la sphère réelle et monétaire.

Afin de préciser comment Keynes réalise cette intégration des sphères réelles et monétaires (comment il justifie la non-neutralité de la monnaie), nous allons nous arrêter quelques instants sur la façon dont Keynes décrit le comportement des agents car ce sont eux qui fondent le principe sur lequel s’appuie Keynes pour construire son analyse macroéconomique.

En effet, le principe qui fonde l’analyse keynésienne, c’est le principe de « demande effective ». Ce principe s’économise de la façon suivante. Dans une économie fermée, disposant de capacités productrices inutilisées, le niveau de production (Y) et donc de l’emploi est donc déterminé par les prévisions de dépenses globales des entrepreneurs investisseurs, prévision de dépenses globales qui se compose des dépenses de consommation des ménages et des dépenses d’investissement des entreprises.

Ainsi, la séquence que décrit l’analyse keynésienne est la suivante: ce sont donc les prévisions des dépenses globales des entrepreneurs qui détermineront le niveau de production qu’ils engageront pour faire face à cette demande, donc le niveau d’emploi qu’ils vont mobiliser pour fournir ce niveau de production, ce dernier déterminant à son tour le niveau de chômage existant dans l’économie.

On perçoit donc l’importance de la demande effective dans l’analyse keynésienne (prévision des dépenses globale des investisseurs entrepreneurs) donc des comportements de consommation des ménages, et des investissements.

Keynes fonde le comportement de consommation des ménages sur « la loi psychologique » suivante: lorsque le revenu s’élève, la consommation s’élève dans une moindre proportion, cette loi indique donc que la consommation keynésienne dépend du revenu, plus précisément du revenu nominal, car selon Keynes, les agents seraient victimes de l’illusion monétaire.

Elle indique également que l’élasticité de la consommation par rapport au revenu nominal est inférieure à 1. Ce qui indique donc que pour Keynes, l’épargne est définie comme « l’excès du revenu sur la dépense pour la consommation », en d’autres termes l’épargne apparaît pour Keynes comme un résidu, c.à.d. la fraction non consommée du revenu. L’épargne est également une fonction du revenu nominal. Il s’agit là d’un point de rupture avec l’analyse « Classique ». En effet pour cette dernière, la consommation et l’épargne sont des fonctions du taux d’intérêt réel. En effet l’épargne représente pour les « Classiques » le transfert de consommation de la période présente vers le futur. En effet, plus le taux d’intérêt réel et élevé, plus les agents économiques sont enclins à remplacer la consommation présente par la consommation future, en d’autres termes les « Classiques » considèrent que le taux d’intérêt récompense l’absence, c.à.d. la renonciation de la consommation présente.

Les « Classiques » font donc de la consommation une fonction décroissante du taux d’intérêt, et de l’épargne une fonction croissante du taux d’intérêt. Le taux d’intérêt réel était déterminé sur le marché des biens et services par l’égalité entre l’offre de fonds prêtable (épargne) et la demande de fonds prêtable (investissement).

La deuxième composante de la demande effective, c’est l’investissement (dépense d’investissement des entreprises). Keynes considère que les dépenses d’investissement émanent des entrepreneurs, car ce sont ces derniers qui décident de transformer des avoirs monétaires en actifs physiques, c.à.d. en biens de production (achat de machines, de bâtiment, d’usine, constitution de stocks etc.). Keynes fait comme les « Classiques » du taux d’intérêt la variable explicative du comportement ou de la décision d’investissement. Dans l’analyse classique, les dépenses d’investissement des entreprises est une fonction décroissante du taux d’intérêt réel et constitue la demande de fonds prêtable. Les dépenses d’investissements des entreprises ne se justifient que si le taux de rentabilité anticipé pour ces dépenses est supérieur ou au moins égal au taux d’intérêt, c.à.d. au coût d’acquisition des fonds utilisés pour acheter des biens d’investissements. Donc pour les « Classiques », les dépenses d’investissement est donc une fonction décroissante du taux d’intérêt réel.

Chez Keynes, les dépenses d’investissement dépendent du profit escompté d’un investissement et du taux d’intérêt nominal qui constitue le coût d’emprunt. Le profit escompté correspond chez Keynes à ce qu’il appelle l’efficacité marginale du capital, qui est en fait le taux de rendement interne du capital. Et le raisonnement que fait l’entrepreneur lorsqu’il investit selon Keynes est la suivante. Il va comparer le taux de rendement interne du capital avec le taux d’intérêt nominal de la façon suivante:

– Si le taux de rendement interne du capital est supérieur au taux nominal, il investit.
– Si le taux de rendement interne du capital est égal au taux d’intérêt nominal, il est indifférent.
– Si le taux de rendement interne du capital est inférieur au taux d’intérêt nominal, il n’investit pas.

En conséquence, l’investissement Keynésien est une fonction croissante de l’efficacité marginale et une fonction décroissante du taux d’intérêt nominal.

Le taux d’intérêt considéré par Keynes est évidemment différent de celui considéré par les « Classiques », en effet ce taux est déterminé sur le marché de la monnaie de la sphère monétaire, et il est déterminé par l’égalité entre l’offre de monnaie exogène (théorie du multiplicateur de crédit) et la demande de monnaie telle que la conçoit Keynes qui dépend du revenu et du taux d’intérêt.

Les raisons de la non-neutralité de la monnaie selon Keynes



À cause des caractéristiques des comportements des agents économiques que nous venons d’exposer dans le paragraphe précédent, l’analyse rompt avec la thèse de la neutralité de la monnaie. La variable qui permet l’intégration de la sphère réelle et monétaire keynésienne est le taux d’intérêt nominal. En effet, ce dernier est la variable déterminante de deux comportements, l’un appartenant à la sphère monétaire, l’autre appartenant à la sphère réelle. En effet, nous avons vu que le comportement d’investissement keynésien est une fonction décroissante du taux d’intérêt nominal. Ce comportement appartenant à la sphère réelle car c’est une composante de la demande effective. Et le comportement de demande de monnaie est une fonction décroissante du taux d’intérêt nominal.

La séquence que propose Keynes est la suivante: une augmentation de la quantité de monnaie en circulation dans l’économie conduit à une diminution du taux d’intérêt nominal. Cette diminution du taux d’intérêt nominal va avoir en effet dans la sphère monétaire et un effet dans la sphère réelle. En effet dans cette sphère (sphère monétaire) on a donc un excès d’offre de monnaie par rapport à la demande. La demande de monnaie à des fins de spéculation va donc augmenter (en effet cette composante de la demande de monnaie keynésienne qui est une fonction décroissante du taux d’intérêt) afin de ramener l’offre de monnaie au niveau de la demande de monnaie.

Cependant, les effets de la variation du taux d’intérêt nominal ne vont pas se limiter à la seule sphère monétaire. En effet, l’une des composantes de la demande effective, en l’occurrence l’investissement dépend du taux d’intérêt nominal (c’est une fonction décroissante du taux d’intérêt nominal). En conséquence, cette variation du taux d’intérêt nominal va donc impacter la demande effective via l’investissement donc le niveau de production (Y) et ainsi avoir des effets dans la sphère réelle d’où la conclusion keynésienne que la monnaie n’est pas neutre.